La France reste largement dépendante des engrais minéraux importés pour nourrir ses cultures. Dans son rapport Réussir la transition dans l’incertitude (avril 2026), The Shift Project identifie la transformation de la gestion agricole de l’azote comme un levier incontournable de décarbonation et ce, en recyclant notamment l’azote contenu dans les boues de station d’épuration et les effluents.
La valorisation agronomique des boues et digestats, c’est-à-dire leur retour au sol (encadré, bien évidemment), répond directement à cet enjeu. Au sein du Groupe Valterra, nous en avons fait un de nos cœurs de métier. Explications :
Pourquoi valoriser les boues et digestats dans les champs ?
The Shift Project rappelle “qu’il est possible de réduire la consommation d’engrais azotés de synthèse en transformant la gestion agricole de l’azote”. Parmi les pratiques recommandées figure explicitement le fait de “recycler l’azote contenu dans les effluents d’élevage, boues de station d’épuration, etc…”. (page 12 du rapport)
L’enjeu n’est pas seulement agronomique, il est aussi climatique : l’épandage des engrais azotés de synthèse génère des émissions de protoxyde d’azote (N₂O), un puissant gaz à effet de serre. Le rapport souligne justement, “qu’il est nécessaire de réduire significativement les émissions de GES non-énergétiques pour atteindre la neutralité carbone”.
La valorisation agronomique des boues et digestats apporte donc une triple réponse :
- elle substitue une part des engrais minéraux importés
- elle entretient la fertilité des sols agricoles en y restituant de la matière organique
- elle favorise les filières de recyclage locales, plutôt que les imports internationaux
Quelles matières sont valorisées, et pour quels producteurs ?
Le Groupe Valterra valorise principalement deux familles de matières :
- les boues de stations d’épuration
- les digestats de méthanisation
Ces matières proviennent de producteurs variés : des collectivités (de toutes tailles), mais aussi d’acteurs privés.
Fertilisant organique ou minéral : une complémentarité
Une idée reçue voudrait que les fertilisants organiques “remplacent” les fertilisants minéraux. La réalité agronomique est plus nuancée : les deux sont complémentaires.
Une disponibilité très différente pour la plante
Les fertilisants minéraux apportent les phases minérales de l’azote (N), du phosphore (P) et de la potasse (K) sous une forme immédiatement assimilable par la plante. Ils nourrissent la culture au moment précis où elle en a besoin et peuvent être dosés avec précision, élément par élément.
Les fertilisants organiques, eux, contiennent de l’azote, du phosphore organique et d’autres éléments qui ne sont pas disponibles immédiatement : ils se libèrent doucement, au fil de leur dégradation par le sol. C’est un enrichissement sur le fond, progressif.
Ce que l'apport organique apporte en plus
Au-delà des éléments fertilisants, l’apport organique améliore la structure du sol, augmente sa capacité de rétention en eau et nourrit les organismes qui le composent. C’est un apport plus complexe et plus complet : les éléments N, P et K y sont fournis simultanément, en proportions non dissociables, propres à chaque matière.
De nos jours, les fertilisants organiques sont réellement indispensables à un sol vivant capable de répondre aux besoins des plantes, tandis que les fertilisants minéraux servent à combler d’éventuelles carences.
“Nos déchets organiques (boues, digestats,…) présentent une part substantielle de fertilisants, indispensable à la fertilité de nos sols, qui se substitue aux imports d’engrais minéraux.
Le retour au sol de ces matières organiques est aujourd’hui une réelle opportunité pour limiter la dégradation de nos sols agricoles, s’il est pratiqué conformément à la réglementation.”
Mélanie Genton, charge d’affaires au sein du Groupe Valterra
Dans une logique de rendement, il n’est plus possible d’écarter les fertilisants organiques d’un programme de fertilisation sans risquer de dégrader les sols. À cela s’ajoute un argument tout aussi important : le coût et l’impact environnemental du transport et de l’extraction des engrais minéraux pèsent lourdement en leur défaveur. Une grande partie des engrais minéraux provient du Maroc ou du Moyen-Orient.
Le plan d'épandage : un cadre réglementaire exigeant
Le retour au sol des boues et digestats n’a cependant rien d’improvisé. Il est encadré par un plan d’épandage, aujourd’hui régi par l’arrêté du 8 janvier 1998 (des projets réglementaires en cours pourraient prochainement le faire évoluer, notamment le projet de “Socle Commun”).
Un plan d'épandage se construit en plusieurs étapes :
L’apport de fertilisants organiques étant soumis à un cadre strict, voici comment se construit un plan d’épandage au sein du Groupe Valterra :
- Diagnostic de l’unité de production
- Description qualitative et quantitative du déchet à valoriser
- Dimensionnement : détermination de la surface nécessaire (plusieurs hectares)
- Description des agriculteurs
- Description des parcelles proposées, y compris leur pédologie et les analyses de sols
- Définition des aptitudes à l’épandage, parcelle par parcelle
- Description de la surveillance à mettre en place (suivi agronomique)
- Étude d’impact…
Ce plan est instruit par la Direction Départementale des Territoires (DDT), qui se réfère aux avis de la MESE (Mission d’expertise et de suivi des épandages), de l’ARS,…
Lui succède ensuite un suivi agronomique annuel détaillé, formalisé par deux documents par an : un prévisionnel et un bilan, incluant notamment :
- Les diagnostics des boues et des sols
- Les données quantitatives
- Les intervenants
- Le registre d’épandage
- L’organisation des opérations : dates de réalisation, organisation, bilans de chantier…
- Les conformités réglementaires…
Au-delà de l’arrêté du 8 Janvier 1998 (pour les boues) ou des arrêtés ICPE (pour les digestats), l’activité mobilise un ensemble de textes : Code de l’Environnement, Directive Nitrates, Circulaire PFAS…, et parfois des doctrines et usages spécifiques à chaque département.
Innocuité, traçabilité, qualité : comment la maîtrise est assurée
La sécurité de la filière repose sur plusieurs aspects essentiels, maîtres mots pour nos activités de Retour au sol.
Innocuité : garantie par le respect de la réglementation, les boues d’épuration faisant l’objet de contrôles particulièrement stricts y compris pour leur stockage. Les distances d’isolement et les périodes d’épandage définies dans le plan d’épandage, conformément aux préconisations réglementaires sont rappelées dans les documents de suivi.
Traçabilité : assurée par le suivi agronomique mis en place : analyses de boues, analyses de sols, cartographie des parcelles, pilotage des flux et des apports via nos logiciels métiers, contrôles de chantiers, conseils de fertilisation.
Qualité : communiquée de manière transparente aux agriculteurs, elle est garantie par des méthodes reconnues : allotement des boues, adaptation des doses en temps réel…
Doser au plus juste : ajuster les apports aux besoins des cultures
Pour éviter tout surdosage et limiter les pertes par lessivage, des analyses de boues et de sols sont réalisées en cours d’année. Elles permettent de formuler les conseils de fertilisation les plus fiables possibles.
Les apports sont conditionnés par des seuils à plusieurs niveaux. Pour l’azote, par exemple, l’apport est limité par :
- les besoins des cultures
- les seuils réglementaires
- les capacités propres à chaque exploitation (prise en compte des effluents d’élevage)
Le Groupe Valterra, partenaire de la valorisation agronomique
Du gisement au Retour au sol, le Groupe Valterra maîtrise l’ensemble de la chaîne : élaboration et suivi des plans d’épandage, suivi agronomique des boues, composts et digestats, et réalisations de chantiers.
En 2025, l’activité de valorisation agronomique en plans d’épandage du Groupe Valterra a représenté :
- 9 330 hectares de surfaces épandues
- 389 agriculteurs destinataires
- environ 304 000 m³ de boues et digestats épandus
Au sein du Groupe, une valorisation agricole annuelle « moyenne » représente :
- 1 500 m³ de boues soit environ 90 tonnes de matière sèche
- 46 hectares épandus
- 2 agriculteurs partenaires
Valoriser au champ les boues et les digestats, c’est répondre à une des recommandations centrales de The Shift Project : réduire les engrais de synthèse en recyclant l’azote, tout en entretenant la fertilité et la vie des sols.
À condition d’être strictement encadrée, cette pratique fait du Retour au sol un levier agronomique, économique et environnemental de premier plan pour les décennies à venir.